L’album de la semaine: Alpine Decline – 消失/Disappearance

Bonjour amis amateurs de musique! Oui je sais, mes contributions se font moins régulières et j’en suis désolé (c’est du moins ce que je compte vous faire croire). Vous savez ce que c’est: c’est l’été (enfin presque), il fait beau, on a mille choses à faire, encore plus de monde à voir, tout ça, tout ça… Bref! Je vous accorde un peu de mon temps cette semaine pour partager avec vous l’album qui aurait déjà dû être dans vos têtes depuis Dimanche dernier. Je vous propose de découvrir, sans plus attendre, le troisième album du duo Alpine Decline, 消失/Disappearance (bonus: lien Deezer).

Le duo californien, échappé de la formation Mezzanine Owls et exilé en Chine, nous fait une démonstration à l’image de ce qu’il a connu toute sa vie: un mélange improbable qui parvient pourtant à s’équilibrer et même à former un tout cohérent. Bien sûr, dans le cas de 消失/Disappearance, il ne s’agit pas d’individus d’origines différentes mais de composantes musicales issues de références variées. Pour résumer, on pourrait dire que l’album est un monument noise-pop à la charpente shoegaze. Il se dégage en fait de cet opus un psychédélisme qui semble revenir (enfin) sur le devant de la scène depuis quatre ou cinq ans. Mais attention, on n’a aucunement affaire à la grandiloquence, à l’imposante présence d’un rock psychédélique, non. Il s’agit plutôt de touches apportées à un parfum enivrant composé de mélodies imparables et d’introductions noise nous laissant en droit d’attendre des envolées rock puissantes et brutales, sinon dévastatrices, qui n’arrivent pourtant jamais.

Après une introduction déroutante, semblant nous entourer d’un coton (et non cocon) protecteur mais diablement perturbant à travers le bien nommé morceau The Anesthesiologist, nous entrons de plein pied dans l’univers dérangé de Jonathan Zeitlin et Pauline Mu, lequel a d’inquiétants relents d’hôpital psychiatrique grâce à ses paradoxes omniprésents. On navigue entre la compréhension cosmique et l’introspection complexe dans Psychic Dissonance tandis qu’une mélodie éthérée se base sur une rythmique aliénante et profondément tellurique dans Almost Immune. La répétition d’un schéma rythmique travaillé vient quant à elle se confronter à un chaos apparent mais pas superficiel pour autant dans Exo-Skeletal. Une maitrise affichée et assumée de la pop en contraste avec une envie non moins évidente d’expérimenter des approches techniques moins évidentes vient nous chatouiller l’enclume et le marteau dans Now you believe in vanishing. Une douceur et une lenteur cachant un bouillonnement émotionnel se terre dans In such a place. Un message intimiste est dispensé à l’infinité des âmes hypothétiquement touchées par The Depths. Des paradoxes, donc, qui donnent à l’album une dimension plus que musicale, voire plus qu’artistique: une démarche complète, s’adressant à des entités complètes, à des êtres et non à des organes auditifs.

D’aucuns reprocheront à 消失/Disappearance son manque de maitrise. D’après moi, ils feront ainsi la démonstration de leur incompréhension totale face à cette oeuvre. Alpine Decline ne nous propose pas un simple album pour envahir nos pièces de vibrations sonores plaisantes et apaisantes mais plutôt une expérience sensorielle. Or, une telle expérience ne saurait être maitrisée sous peine de la rendre fausse et donc de lui ôter son essence même en même temps que son intérêt. Tout comme il arrive qu’un écrivain soit esclave de sa littérature (c’est d’ailleurs souvent la plus passionnante), le duo semble possédé par sa musique, prêt à lui obéir puisqu’il ne peut au final faire que ça: la servir aussi fidèlement que possible.

Ce n’est pas un voyage onirique qui vous est proposé cette semaine. Ce n’est pas non plus une croisière paisible et sans surprises. Ce n’est même pas une expérience aux effets connus d’avance. Non, 消失/Disappearance est une expérience qu’il vous faudra vivre par vous-même afin d’en tirer des leçons qui vous seront toutes personnelles. Bravo Alpine Decline!

Sur ce, je vous laisse et, comme toujours, souhaite à vos tympans d’être vilipendés, agressés voire torturés par toutes sortes de sons dont certains, j’en suis sûr, sauront les récompenser par un plaisir immédiat et non moins durable. Bonne semaine à tous!

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