L’album de la semaine: Bigg Jus – Machines That Make Civilization Fun

Cette semaine, on va se mettre du hip-hop à fond dans les oreilles! «Comment l’Unique? As-tu perdu l’esprit? Tu vas nous proposer de la daube commerciale?» Mais non enfin, gens de peu de foi (envers moi, l’autre, votre Foi, je m’en balance)! Dans le hip-hop comme ailleurs, il n’y a pas que du gros son creux d’entertainment à deux ronds. Le fait que vous en doutiez me peine, je vous l’avoue (surtout que je vous ai déjà proposé du hip-hop ici-même il y a quelques temps). Bref! Il est temps de vous dévoiler l’album de la semaine. Il s’agit de Machines That Make Civilization Fun (bonus: liens Deezer et Spotify), le quatrième album solo de Bigg Jus. Coïncidence qui n’amusera peut-être que moi: on le retrouve chez Laitdbac, tout comme l’album de la semaine dernière. Que moi? Bon, c’est pas grave.

Depuis la disparition de Company Flow il y a une dizaine d’années (je ne compte pas la reformation éphémère), Bigg Jus suit son chemin, se faisant étrangement moins remarquer que son ex-compère El-P. Si cela reste un mystère pour moi (car oui, El-P est sacrément surestimé si vous voulez mon avis), nous pouvons en tout cas être contents que notre MC ait gardé toute sa détermination et tout son talent. Après s’être raconté sur son premier opus Plantation Rhymes, le rappeur s’est vite tourné vers l’engagement qui l’anime et sa vision complotiste du monde. On se souvient comme Bush l’avait inspiré! Les têtes ont changé mais les textes accusateurs ressurgissent, Bigg Jus a toujours soif de justice sociale et de transparence.

Cet album solo, le premier depuis 2005, est l’occasion de retrouver l’univers empli d’expérimentations tous azimuts de notre ami américain. On peut même dire qu’il a la patte encore plus lourde, ce qui nous vaut un album indie hip-hop délicieusement noisy, efficace, lourd et oppressant. A cette base viennent s’ajouter des infrabasses dévastatrices, des samples aussi divers qu’étonnants, un son qui va puiser dans l’indus et, bien entendu, une dose de dubstep trafiqué à la sauce Bigg Jus. Les loops de piano et les samples d’ordres militaires du track d’ouverture Crossing The Line mettent tout de suite l’auditoire au parfum: ici, pas de rap à coup de biatch et autres clichés bling-blings, on entre dans un univers paranoïaque où la fin du monde et celle de l’humanité nous guettent. Game Predator enchaîne directement avec un son chaotique et déstabilisant qui appuie une thèse (que je n’aime évidemment pas mais passons) de lobotomisation de la masse populaire par les jeux vidéo violents. Oui, lui aussi pense que l’industrie vidéoludique est à la solde des militaires et a un agenda: celui d’embrigader la jeunesse en la rendant plus violente et prompte à tuer l’ennemi.

Black Roses est de loin le titre le plus «abordable», disons celui qui est le plus gentil avec nos oreilles. Bigg Jus commence à nous y démontrer que sa particularité, sa force est toujours présente: son flow fluctuant. Il est comme la réunion de plusieurs MCs, ce qui le rend diablement efficace. C’est également le titre qui couvre le plus de thèmes paranoïaques puisqu’on y retrouve aussi bien Orwell que les pyramides ou les secrets du gouvernement américain. C’est sur le même terrain que se situe Advanced Lightboy Activation bien que son focus sur les nazis et son ton monocorde nous mettent plus en garde sur l’avenir que sur le présent. Un futur sombre, où tout est perdu, à tel point qu’on croirait parfois que notre ami dépeint une uchronie. Ensuite, on retrouve un Bigg Jus «classique» dans les thèmes qu’il aborde: dénonciation de complots gouvernementaux, économie internationale, abrutissement des masses, toute-puissance des corporations… Enfin bref, rien d’étonnant à ce que ça me parle!

Musicalement, vous le remarquerez bien vite, l’album est d’une violence marquée et les instrus semblent même souvent défier notre ami MC qui n’a d’autre choix que de se démener toujours plus. Franchement, j’aurais aimé pouvoir assister aux sessions d’enregistrement, ça devait être très impressionnant de le voir se déchaîner ainsi sur son micro! A part quelques titres plus calmes comme Empire Is A Bitch ou Respective Of F1 Dub, le titre final, Machines That Make Civilization Fun est donc un album très éprouvant, sauvage, à l’image de son dubstep dopé qui aide à l’instauration d’un son ambient noisy (certains diront même illbient).

Cet album n’est pas reposant, il n’est même pas vraiment plaisant. Reste qu’il suinte le mouvement Occupy et le printemps arabe, qu’il appelle à l’insurrection et cherche à mobiliser les âmes. Peut-être sera-t-il vite dépassé et l’écoutera-t-on dans quelques années avec nostalgie, comme si on redécouvrait les inepties d’un vieux fou auxquelles on ne croit plus. Mais pour le moment, ces textes évocateurs de système sur le fil du rasoir, de déconstruction nécessaire, voire de ruine imminente trouvent un écho particulier dans nos esprits.

Bonne écoute et à bientôt pour un autre album de la semaine (peut-être plus positif? Nous verrons). N’oubliez pas de laisser trainer vos oreilles partout!

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3 réflexions sur “L’album de la semaine: Bigg Jus – Machines That Make Civilization Fun

  1. Après plusieurs écoutes attentives, voilà mon avis à moi qui est le mien :
    Game boy predator : beau mélange de son, bonne ambiance mais je cherche encore les paroles
    Black Roses : Pas de trop de mélange de son cette fois-ci mais des boucles de 4 secondes avec un flow qui ressemble à une fuite en avant (trop de café ?)
    Advanced lightbody activation : On revient plus dans les classiques avec un flow presque mou sans véritable nuance (pas assez de café ?)
    Empire is a bitch : Tout est dans le flow ici. Une petite musique de fond simplement et on retrouve la force de la voix.
    Food for thoughts : On reprend le mélange de son guerrier qui donne l’image d’une machine infernale qui avance irrémédiablement. La dessus un p’tit texte et on termine par une gentille dame qui parle. Bonne ambiance mais rien d’original non plus.
    Hard times for new lovers : mélange de son mais moins réussi, ça fait plus brouillon même si l’ambiance finale est sympa.
    Machines that make civilization fun : là c’est l’apocalypse, on se croit à la fin d’un concert de rock, beaucoup de bruit, tout le monde cri, ok c’est sympa mais ça fait un peu brouillon tout de même.
    Polymathmatics : univers chaotique un peu comme la précédente
    Redemption sound dub : là il n’est pas content le monsieur et il le crie… j’aurai préféré qu’il le chante mais bon ;-))
    Samson OP-ED : Tiens une chanson « normale »
    Kush Star Catalog : Une seconde chanson !!! Attention il faut faire attention, on va finir par croire que c’est un album classique ;-))
    Respective Of F1 dub : Je me disais aussi. Un nouveau mélange de son encore moins réussi. Donner une ambiance stressante avec plein de petits sons agressifs et rapides… mouais ça ne me parait pas trop innovant.
    Black Roses en feat El-P : On termine bien mieux… il faut faire plus de feat peut-être ;-))

    On a donc un peu l’impression à la fin de participer aux sessions d’enregistrement de l’album mais pas à sa version définitive. Et pourtant, les chansons sont très courtes donc sensées être concentrée.
    C’est un bon album mais je ne crierais pas au génie.
    En ce moment, dans le plus classique, j’ai une préférence pour Bang On! (avec [sic]) ou justement El-P (avec Cancer 4 Cure). Moi je trouve l’album d’El-P plus riche et plus fini… et donc surement plus « commercial ».

    • Merci pour ton avis! Je peux comprendre l’impression de brouillon, c’est souvent ce que donne l’apport de touches noisy. Personnellement j’aime beaucoup mais c’est normal qu’on n’ait pas tous les mêmes goûts (heureusement d’ailleurs!)

      Evidemment, celles qui m’ont le plus plu sont les tracks que tu décris comme « chaotiques » mais ça ne t’étonnera sûrement pas. Je les trouve très riches, surtout au niveau prod.

      Je n’ai pas encore eu l’occasion d’écouter [sic] mais tu m’incites à le faire. Merci 🙂

      Enfin, pour El-P, je le trouve un peu trop plan-plan et je n’aime pas trop son flow. Mais encore une fois, c’est un avis tout personnel!

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